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Chapitre 02

chapitre 2  (Chapitre 02) posté le lundi 26 janvier 2009 13:12

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chapitre 2 : 01  (Chapitre 02) posté le lundi 26 janvier 2009 18:47

 

Je regardais quelques secondes au travers du hublot le paysage de nuages se profiler devant mes yeux. Voilà une heure que notre avion survole la planète…je regarde sur l’écran digital de mon fauteuil classe affaire, la progression de l’appareil flottant au dessus des nuages, qui est sensé nous emmener au Japon. Sur l’écran, imbriqué dans le siège passager devant moi, je vois la carte du monde…comme notre planète semble petite, ainsi affichée contre le dossier d’un siège.

David avait pris les dernières places disponibles, sur le premier vol pour Tokyo, là où Atori était. D’après l’adresse mise sur le dos du livre, il était à Tokyo, comme une invitation, l’a t-il fait exprès... voulait-il qu’on le retrouve ?

David et Leatitia n’ont rien voulu me dire, ils m’ont simplement passé ce bouquin et dit de le lire. Cela fait une heure que je l’ai entre les mains et j’hésite toujours, j’ai peur et je sais de quoi j'ai peur. A t-il tout dit dedans? Tout ce qui s'est passé...

- Il est pas mort dis-moi…osais-je enfin demander la voix cette fois basse et terne, l’appréhension logée au fond de ma foutue gorge nouée.

 

 

-Lis.

Voilà le seul mot que sa mâchoire décrispe depuis l’aéroport « lis ce livre ». Je me détourne, je ne veux pas entendre la sentence de David, je le connais trop. Il voit toujours tout en noir. Toujours le côté néfaste des choses, il n’y peut rien, son enfance y est pour quelque chose.

… putain Joshua, t’as intérêt à serrer tes fesses quand on reviendra, mieux vaut pour toi qu’il soit encore vivant…

Je croise sans le vouloir le regard de Leatitia, je lui envoi mon regard noir habituel, depuis le début, je la vois m’observer, attendant que je me mette à lire, quelque part j’aimais la faire poireauter.

Elle me sourit, je grimace, elle détourne la tête.. « victoire »…tu parles…je préfèrerai cent fois être à sa place. Elle est celle qui avait su obtenir le cœur d'Atori. Je prend mon courage à deux mains et amorce le préface.

 

 

Les premières lignes, donnent le ton, il a une écriture mélancolique. Je ne pensais pas qu’il était capable d’écrire ainsi.

« D’aussi loin que ma mémoire me porte, j’ai toujours souhaité avoir des amis, de véritable amis, sincères dans leur amitié pour moi. Même au Japon, le pays qui m’a vu naître, je n'ai jamais eu de véritables amitiés; les gens m'approchaient car j'étais le premier de la classe et au Japon réussir est une nécessite, vous n'avez pas le choix si vous voulez être reconnu par la société.

Cela était difficile pour moi lorsque je compris que ceux que je croyais mes amis, me détestaient, entendant un jour par mégarde, l'un d'entre eux m'affubler d'un passe-temps immoral, celui de prendre en photo de jeunes enfants et les toucher...cette rumeur avait courue un temps et pour la faire oublier, il fallait tout simplement que j'en créée une nouvelle. Ce que je fis sur le compte de celui qui m'avait créée la mienne.

Et j'avais été à la hauteur, dévoilant une histoire vraie que je pensais fausse, à savoir qu'il couchait avec sa sœur...je ne suis pas d'un fond cruel, mais comme la vie, je rends à part égale ce que l'on me fait...

Quand je m’étais retrouvé à devoir vivre en France cela avait été encore plus évident. La seule personne que j’aimais et qui m’aimait était ma sœur, dont je fut séparé à mes 11 ans, obligé de suivre mon père en France après le divorce de nos parents. J'ai été écroulé par ce changement de vie, ce vide abyssale que fût l'absence d'une mère aimante; qui m'avait longtemps aimé pour ne pas dire idolâtré, pour tout à coup voir un changement subit dans ses sentiments pour moi à cause de ce que mon père lui avait fait.

Il est difficile d'être haïs par quelqu'un que vous aimez, pour une faute commise pas un autre que vous. J'ai longtemps moi-même haïs mon père et il n'a rien fait pour que cela change jusqu'à sa mort, où il me demanda de lui pardonner, mais à ce moment là j'étais loin de me douter quel genre de pardon il me demandait réellement.

Ma vie aurai été bien différente si j’étais resté au Japon, mais j’aurai eu le regret de ne jamais avoir rencontré Patrice et David. Le temps que le rêve d'une amitié sincère avait duré, j'avais aimé être avec eux. »

 

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chapitre 2 : 02  (Chapitre 02) posté le lundi 26 janvier 2009 19:17

...je me souviens encore quand nous t'avons rencontré pour la première fois...

 

-Putain il a l’air coincé…je l’aime pas.

-Tu le connais même pas.

 

 

-Et alors, t’as vu un peu sa tête, il est quoi, chinois ?

-Je dirai plutôt japonais, il est grand et élancé.

-Mouais, tous pareils pour moi…

-Bien, voici Atori, annonce leur professeur de collège. Il est d’origine japonaise et parle très bien français, donc pas besoin de vous croire obliger de fanfaronner devant lui.

Le prenant par les épaules, il lui indique des places libre.

-Vas-y, installe toi.

 

 

Cet Atori, à l’air impassible, pas un sourire, venait s’asseoir devant nous deux. On ne le quittait pas des yeux.

-Quoi ? Demande le jeune asiatique, le regard dur, voyant qu'on le regardait avec insistance.

-Rien maugréait, David en se retournant vers moi, balbutiant de manière muette un « je le hais », qui me faisait sourire.

 

 

Pour ma part, ce mec avait un truc qui me plaisait…je saurai pas dire quoi, mais c’était certain que je mourrai d’envie de mieux le connaître.

David n’avait pas fini de le détester, Atori était arrivé en décembre, il avait un an de moins que nous et en quelque mois à peine il obtenait une moyenne de 18,7. Il traînait seul et avait un succès évident auprès des filles.

 

 

David fulminait car avant son arrivée, c’était lui le chouchou de ses dames et cela même s’il refusait toutes les invitations aux soirées et qu’il ne se faisait aucun ami.

 

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chapitre 2 : 03  (Chapitre 02) posté le lundi 26 janvier 2009 19:26

 

Il ne l’avait pas vu, mais avait bien senti son sac à dos cogner avec violence son dos. David fulminait en se tenant la partie douloureuse qui venait d’être heurté, injuriant celui qui n’allait pas tarder à regretter de lui avoir fait ça, exprès ou pas !

- Tu pourrais t’excuser sale con !

Atori lui lançait son regard dur, habituel, comme si c’était David lui-même qui lui était rentré dedans. Puis la noirceur de ses pupilles avaient laissé place à ce regard hautain qui agaçait tant David.

- Tu m’es rentré dedans exprès !!

- Lâche mon bras, demandait le jeune adolescent aux traits affirmés.

- Excuse-toi d’abord !

- Arrête David…

- Non, je veux qu’il s‘excuse !

L’adolescent aux cheveux aussi noir que la couleur de ses pupilles, me fixait, j’en sentais des frissons me parcourir le corps, ses yeux sur moi.

…mais bon sang, qu’est-ce qu’il m’arrive ?…c’est quoi cette réaction de merde…tu le kiffes ou quoi ?…

- Tu ferais mieux de calmer ton ami, me sortait-il de mes pensées, s’il a une expulsion de plus et il sera viré du collège.

 

 

J’étais surpris, comment était-il au courant ? C’est vrai que David avait le sang chaud, toujours à se battre pour un rien, depuis le suicide de son père il était constamment en guerre contre le monde entier…c’est d’ailleurs sur ce dernier point, qu’on se rejoignait.

Aux mots « expulsion » David s’était subitement calmé. L’adolescent brun, s’en allait alors, une fois la main ayant lâché prise sur son avant-bras.

-Un jour je vais lui péter sa petite gueule de con…

-Arrête David, il t’est rentré dedans sans le faire exprès.

-Qu’est-ce t’en sais toi ? T’as pas vu son regard !!

- Non, mais j’ai entendu ces mots, il a pas dit ça pour faire le malin.

David prenait un temps de réflexion, le japonais ne s’était pas montré agressif, menaçant ou arrogant en lui disant de se calmer.

- Tu crois ?

- Qu’est-ce qu’il gagnerait à se battre contre toi ? T’es vraiment con quand tu t’y mets.

-Merci, ça fait plaisir d’avoir un ami tel que toi !

-Et moi qu’est-ce que je devrais dire, t’es vraiment un boulet des fois !!

David m’attrapait par le coup, comme à son habitude et frottait son poing sur mon cuir chevelue blond.

 

 

Du couloir, Atori nous observait souvent. Je l'observais discrètement.

Un sourire légèrement triste sur ses lèvres, dénonçant ses pensées, dans ces moments là je me demandais souvent ce qu'il avait en tête, plus tard, lorsque nous sommes devenus amis, il m'avait avoué qu'il nous avait de suite remarqué parce que David et moi étions démonstratif. Cela l'attirait, lui qui était tout l'inverse.

Les gens prenaient sa réserve naturelle pour de la froideur ou de l’indifférence. C’est ainsi qu’il avait été élevé au Japon pendant les 11 premières années de sa vie. Les bises, les épanchements émotionnels, tous ces trucs naturels pour ceux d’ici…pour lui ça n’avait rien de si naturel que cela.

 

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chapitre 2 : 04  (Chapitre 02) posté le lundi 26 janvier 2009 19:45

 

Une nouvelle journée était passée comme toutes les autres, ennuyeuse et inutile à ma vie d’adolescent. Ma posture de lassitude ennuyait mon professeur de math et c’est dans un sourire narquois que je m’affalais encore plus entre mes deux bras, en position de sommeil réparateur.

Avec David on avait passé la nuit à boire, en matant des pornos chez lui, sa mère était parti deux semaines à Taihiti, avec son dernier amant friqué. On s’était fait une belle nuit blanche, comme je les aime.

Je sentais les yeux bruns du japonais se poser sur moi et cela ne me déplaisait pas, au contraire, dès que je pouvais j’attirais son attention. Un bâillement plus fort que nécessaire, un étirement prononcé, quitte à un peu bousculer celui devant moi pour qu’il râle et que je lui répondre un « ta gueule ». Tout, pourvu qu’il me remarque, mais ceci dit, mes cheveux l’avaient déjà pas mal choqués quand j’étais arrivé Lundi, comme ça. Je souriais de ma bêtise, mais je le perdais vite, ce soir j’allais rentrer seul et je savais ce que cela signifiait pour moi. Mon frère et sa bande de con allaient m’attendre à la sortie.

 

 

David était à son taff, au noir évidemment, il séchait les cours et d’habitude j’en faisais autant, mais disons que dernièrement j’avais une nouvelle « motivation ».

J’avais alors dans l’idée de le suivre, discrètement, voir où il habitait, comme ça sans vraiment de raison particulière. Mais cet idiot était resté dans le CDI qui servait de bibliothèque, avec un accès à internet.

J’avais voulu me faufiler au fond, mais il m’avait de suite cramé, on était que deux. Je m'étais alors assis en face de lui et hormis deux ou trois regards, il ne s’était rien passé. Je l’avais vu sortir rapidement et trop mal à l’aise par son regard noir sur moi qui disait « tu me veux quoi ? » je n'avais pas suivi. Sans doute croyait-il que je voulais le raquetter, finalement il était comme les autres, il cherchait pas plus loin que mon apparence. Pourtant j’y avais cru, moi dans ses yeux j’avais vu autre chose que de la froideur.

Dehors je ne le voyais plus, la nuit tombait vite, on était déjà en Février. Le vent froid me le rappelait gentiment. Avait-il couru pour me fuir ?

…connard, t’es qu’un sale con…je vais te pourrir l’existence au bahut, tu vas voir...

Mais au moins maintenant j’étais sûr que mon frère et sa bande de naze ne serait pas là à la sortie pour me tirer mon fric. Sauf que…

 

 

- Tiens, c’est pas blanche neige ?

Putain, cette voix nazillarde, Chris, l’ami d’enfance de mon grand frère, il m’accueille d’une tape, tout sauf amicale derrière la tête. Je râle, me frottant l’arrière de la nuque, sur le coup j’ai senti une décharge et maintenant le feu du coup me brûle l’arrière de la tête. Je vois les bières empilées sur le trottoir, les clopes.

 

 

- Qu'est-ce que tu me veux, j’ai plus d’argent, tu sais très bien que papa m’a puni.

Je regardais mon frère finir sa canette, en tirant la langue pour prendre les dernières gouttes, rien qu’à son attitude je sais qu’il est bourré.

Qu’elle baffe je m’étais prise ce week-end quand mon père m’avait surpris à fumer dans le garage. J’ai été con aussi, à accepter la cigarette que mon frangin me tendait. Je m’étais naïvement dis, ça y est les choses change entre lui et moi, que dalle. Prétextant d’aller aux chiottes il m’avait laissé là, avec sa cigarette, pendant qu'il allait le prévenir. Puis quand je l’avais aperçu derrière notre père, le sourire vainqueur, là j’avais compris que toute notre vie nous serions ennemi, il en avait décidé ainsi.

La punition avait été à la hauteur de la baffe que j’avais reçu. Plus d’argent de poche de trois mois, plus de sorties et l’obligation de les aider tous les week-end dans leur restaurant de merde jusqu’à la fin de l’année scolaire. Même si je pouvais facilement faire le mur, je devais me taper les week-end avec eux et ça c’était pire que de pas pouvoir sortir.

- Arrêtes, tu vas me faire pleurer…je sais que tu vends de l’herbe avec ta fiancée.

-Parles pas de David comme ça !

 

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