Je regardais quelques secondes au travers du hublot le paysage de nuages se profiler devant mes yeux. Voilà une heure que notre avion survole la planète…je regarde sur l’écran digital de mon fauteuil classe affaire, la progression de l’appareil flottant au dessus des nuages, qui est sensé nous emmener au Japon. Sur l’écran, imbriqué dans le siège passager devant moi, je vois la carte du monde…comme notre planète semble petite, ainsi affichée contre le dossier d’un siège.
David avait pris les dernières places disponibles, sur le premier vol pour Tokyo, là où Atori était. D’après l’adresse mise sur le dos du livre, il était à Tokyo, comme une invitation, l’a t-il fait exprès... voulait-il qu’on le retrouve ?
David et Leatitia n’ont rien voulu me dire, ils m’ont simplement passé ce bouquin et dit de le lire. Cela fait une heure que je l’ai entre les mains et j’hésite toujours, j’ai peur et je sais de quoi j'ai peur. A t-il tout dit dedans? Tout ce qui s'est passé...
- Il est pas mort dis-moi…osais-je enfin demander la voix cette fois basse et terne, l’appréhension logée au fond de ma foutue gorge nouée.
-Lis.
Voilà le seul mot que sa mâchoire décrispe depuis l’aéroport « lis ce livre ». Je me détourne, je ne veux pas entendre la sentence de David, je le connais trop. Il voit toujours tout en noir. Toujours le côté néfaste des choses, il n’y peut rien, son enfance y est pour quelque chose.
… putain Joshua, t’as intérêt à serrer tes fesses quand on reviendra, mieux vaut pour toi qu’il soit encore vivant…
Je croise sans le vouloir le regard de Leatitia, je lui envoi mon regard noir habituel, depuis le début, je la vois m’observer, attendant que je me mette à lire, quelque part j’aimais la faire poireauter.
Elle me sourit, je grimace, elle détourne la tête.. « victoire »…tu parles…je préfèrerai cent fois être à sa place. Elle est celle qui avait su obtenir le cœur d'Atori. Je prend mon courage à deux mains et amorce le préface.
Les premières lignes, donnent le ton, il a une écriture mélancolique. Je ne pensais pas qu’il était capable d’écrire ainsi.
« D’aussi loin que ma mémoire me porte, j’ai toujours souhaité avoir des amis, de véritable amis, sincères dans leur amitié pour moi. Même au Japon, le pays qui m’a vu naître, je n'ai jamais eu de véritables amitiés; les gens m'approchaient car j'étais le premier de la classe et au Japon réussir est une nécessite, vous n'avez pas le choix si vous voulez être reconnu par la société.
Cela était difficile pour moi lorsque je compris que ceux que je croyais mes amis, me détestaient, entendant un jour par mégarde, l'un d'entre eux m'affubler d'un passe-temps immoral, celui de prendre en photo de jeunes enfants et les toucher...cette rumeur avait courue un temps et pour la faire oublier, il fallait tout simplement que j'en créée une nouvelle. Ce que je fis sur le compte de celui qui m'avait créée la mienne.
Et j'avais été à la hauteur, dévoilant une histoire vraie que je pensais fausse, à savoir qu'il couchait avec sa sœur...je ne suis pas d'un fond cruel, mais comme la vie, je rends à part égale ce que l'on me fait...
Quand je m’étais retrouvé à devoir vivre en France cela avait été encore plus évident. La seule personne que j’aimais et qui m’aimait était ma sœur, dont je fut séparé à mes 11 ans, obligé de suivre mon père en France après le divorce de nos parents. J'ai été écroulé par ce changement de vie, ce vide abyssale que fût l'absence d'une mère aimante; qui m'avait longtemps aimé pour ne pas dire idolâtré, pour tout à coup voir un changement subit dans ses sentiments pour moi à cause de ce que mon père lui avait fait.
Il est difficile d'être haïs par quelqu'un que vous aimez, pour une faute commise pas un autre que vous. J'ai longtemps moi-même haïs mon père et il n'a rien fait pour que cela change jusqu'à sa mort, où il me demanda de lui pardonner, mais à ce moment là j'étais loin de me douter quel genre de pardon il me demandait réellement.
Ma vie aurai été bien différente si j’étais resté au Japon, mais j’aurai eu le regret de ne jamais avoir rencontré Patrice et David. Le temps que le rêve d'une amitié sincère avait duré, j'avais aimé être avec eux. »

















