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Chapitre 01

Chapitre 1  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 12:05

 

 

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Chap 1 : 01  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 17:20

 Université des arts et des lettres

 

-Tu sais je suis sérieux quand je te dis que tu as du talent.

 

 

Il avait le droit d'utiliser à sa guise la salle de musique, le recteur était un fan de sa mère; il lui donnait alors naturellement ses entrées. Cet endroit été devenu notre point de rendez-vous depuis quelques mois. Il m'écoutait jouer et parfois me donnait des conseils. J'avais réussi à le faire jouer une ou deux fois, mais chaque fois je sentais combien cela lui était douloureux...

Sa mère, il n'en parle qu'à demi-mo,t mais je sens qu'elle a marqué son enfance. Je n'ai jamais osé lui demander pourquoi il était en France alors que sa mère, elle, vivait avec sa soeur au Japon.

-J'ai pas autant de talent que tu le dis, surtout pas quand je t'entend jouer, pourquoi n'as-tu pas continué le violon?

 

 

- Suivre le chemin de ma mère...

Je le vois soudain arborer une tristesse sans fond.

-J'ai simplement choisi un autre chemin, une voix qui me correspondait plus.

Atori est de la catégorie de ses gens qui réussissent tout ce qu'ils entreprennent, peu importe ce qu'il décide de faire ou qui être, il réussit toujours.Le genre de personne que tout le monde déteste, tout en admirant et tournant autour pour lui voler un peu de cette chance étrange.

Je n'avais jamais vraiment réalisé combien ces personnes étaient seules, n'est-il pas cruel d'avoir cette facilité pour tout et pourtant de n'avoir personne avec qui partager cette vie? Je ne parle pas seulement d'un partenaire, je parle aussi d'amitié sincère...je n'avais pas compris combien cela lui pesait d'être qui il était...

-Je veux être juge pour enfants parce qu'on a tous droit à avoir des débuts de vies stables...je sais qu'être adulte n'est pas une chose facile et qu'il n'y a pas une méthode miracle pour être un bon parent, mais si au moins on peut permettre aux enfants d'avoir un meilleur environnement, se sera déjà un bon début, non?

 

 

-J'ai l'impression que tu parles pour toi.

-Peut-être ...

-Tu ne me parles jamais de tes parents.

-Toi non plus.

Nous sommes tous les deux silencieux, à qui le premier qui osera se dévoiler.

-Tu pourrais devenir professionnelle et vivre de ton violon, si tu t'y mettais sérieusement.

-Je ne crois pas, je ne vois pas cette fille que tu vois en moi.

-C'est bien dommage, parce que celle que je vois est une femme magnifique.

Je rougis comme une gamine, mais je reprend vite mes esprits. Je remarque étrangement avoir utilisé le mot « fille » alors que lui me qualifie de « femme », pourquoi ai-je peur de dire que je suis une femme? Sans doute le sous-entendu adulte et sexuel.

...n'ai-je donc pas le désir de grandir?... mon dieu, avec lui, oui...je désire être une femme...même si cela est effrayant et forcément douloureux...j'en ai marre d'avoir peur de moi-même, je n'aspire qu'à enfin m'épanouir...


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Chap 1 : 02  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 18:35

 

-On pourrait te faire essayer le concours pour le conservatoire, cela ne couterai rien...

-Je n'ai aucun diplôme, je n'ai pas passé mon bac parce que je me suis émancipée à 16 ans.

Je remarque à son regard sa surprise, c'est vrai que je ne me suis jamais livrée à lui, c'est bien la première fois que j'ose un peu soulever le drap obscur de mon enfance.

-Émancipé?

-J'ai du travailler très tôt, c'est pour ça que je n'ai que des petits boulots qui ne demandent aucun diplôme ni compétences particulières.

-Je comprend mieux pourquoi tu me sembles si forte et si mature.

-Tu trouves que faire des boulots médiocres, c'est être forte?J'ai juste fait ce qu'il fallait pour survivre.

-Survivre...

Le mot m'a échappé et est porteur de sens, car c'était réellement une question de survit pour moi, ma belle-mère était abusive .

Elle me voyait comme une menace, une menace face à l'amour que mon père me portait. Je ressemblais tellement à ma mère et il me passait tous mes caprices pour soulager la perte de ma maman.

Mais quand elle est arrivée, mon monde assombri par l'absence de l'amour d'une mère, devint rapidement un enfer, au ciel couleur gris...

 

 

...gris...

La couleur des pierres humides de la cave où elle m'enfermait

 

 

-Ici c'est moi la patronne, ta mère c'est moi maintenant et tu as intérêt à m'obéir! Ton père pense aussi que tu manques de discipline et il n'aime pas les petites filles capricieuses.

-Pour commencer tu vas rester ici et réfléchir à tes bêtises; à 18h, je viendrai te chercher, tu vas faire le ménage, cette maison est une vraie porcherie.

-On va aussi vider ta chambre, parce qu'elle est bien trop grande pour une petite grue comme toi. Celle sous le toit te suffira amplement.

-Mais quand il pleut, elle est innondée...

-Tu oses la ramener encore? Très bien, dans ce cas là tu vas apprendre aussi à faire le repassage et la cuisine, je ne veux pas élever une fainéante. Tu dois mériter ce que tu manges!

Ses souvenirs, il semble que j'ai toujours mes 8 ans, malgrés les 26 marqués sur ma carte d'identité.

 

 

-Laisse-moi t'aider à être celle que tu aurai du être; me dit-il un ton de voix si doux que j'en sens des frissons parcourir tout mon corps.

Je le vois alors, afficher un sourire de conquérant.

-S'ils jugent que tu as le niveau pour étudier, ils peuvent te donner une dérogation, pour ton niveau scolaire. Ils seraient fou de ne pas te prendre.

-Je ne sais pas...cela me semble si étrange, je n'ai jamais fais de solfège ni quoique ce soit en rapport avec la musique, je jouais du violon pour ma mère en refaisant les morceaux que j'écoutais.

Je semble dire quelque chose d'extraordinaire au vue de son expression.

-Alors, tu es bien plus douée que je ne le pensais.Tu sais, des bons musiciens, il en existe à la pelle, des musiciens de génie, très peu. Et ce qui différencie les uns des autres et ce qu'ils arrivent à mettre dans leur musique. Toi, tu exprimes une telle envie d'exister, chaque fois que je t'écoute, c'est comme si tu me parlais. Tu vis ta musique comme je l'ai rarement entendu.

-Je...je ne fais que jouer les morceaux comme je le ressens.

 

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Chap 1 : 03  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 19:39

 

-Et si tu savais le nombre de gens qui n'y arrivent pas...exprimer ses sentiments dans son art et quand je t'écoute je vois que tu fais parti de ceux là.

J'en suis la première surprise, il ne m'a jamais semblé mieux jouer qu'un autre, ni y mettre plus.

-Tu me dis ne jamais avoir appris de partitions et c'est vrai que dans tes morceaux il y avait une part importante de réinterprétation, mais je croyais que tu le faisais consciemment...alors savoir que tu fais ça naturellement. Tu ne t'en rends même pas compte, mais c'est la preuve que tu es faite pour ça. Imagine un peu de quoi tu serai capable si tu maitrisais parfaitement le solfège... il nous faut combler tes lacunes.

Je le vois réfléchir pour lui-même.

-Le conservatoire n'est pas une obligation, mais pour obtenir plus tard du travail dans ce milieu là, pour toi ce serai plus facile...mais tu vas devoir apprendre énormément, il va falloir que tu apprennes à maîtriser ce que tu fais d'instinct et ça c'est le plus difficile.Pparfois certaines personnes perdent leur dons en apprenant la technique parce qu'alors il ne laisse plus leur cœur gouverner mais leur esprit. Il faudra y prêter attention...

Je le vois faire un plan sur la comète, sans me demander mon avis, mais le voir si sérieux, me galvanise quelque part. C'est bien la première fois que quelqu'un parle en ces termes de moi.

...moi, posséder un talent pour quelque chose?...

Il a même l'air de dire que je serai une virtuose qui s'ignore.

...j'ai vraiment du mal à y croire, que voit-il que je suis incapable de voir en moi?...

 

 

-Le concours d'entrée pour cette année est passé et de toute manière tu n'es pas prête à passer devant un jury, ils te lamineraient même s'ils verraient ton talent brut... dans 8 mois, je demanderai une session extraordinaire pour te faire passer en deuxième année.

Je le vois tellement enthousiaste, il semble m'imaginer sur scène entourée d'un orchestre...moi tout à coup, cela m'effraie. J'ai peur, je ne m'en sens pas capable, non c'est impossible, je n'ai pas assez de talent, ni assez de force. Il me dit de reprendre ma vie en main alors que j'ai 26 ans, n'est-ce pas déjà trop tard pour moi, les cartes ont déjà étaient distribué, non?

-Je ne te laisse pas le choix!

C'est comme s'il lisait en moi, comme dans un livre ouvert. Voit-il ma peur face à l'obstacle immense dressé devant moi?

-Je paierai pour les livres et les autres frais.

-Non!

-J'ai de l'argent, tu sais.

-Ce n'est pas ça, c'est le principe...tu es en fac, tu as déjà beaucoup de travail à faire pour toi!

-Je veux pas te paraître arrogant, mais les études, apprendre, tout ça c'est facile pour moi. Je passe plus de temps à sortir et rien faire qu'à vraiment travailler...les gens me tournent beaucoup autour à cause de ça, d'ailleurs, dit-il tristement...sauf mes deux amis de toujours et toi. Tu veux que je te les présente? Me sourit-il.

Ses amis il m'en parle souvent, il semble les apprécier énormément.

 

 

-Tes amis...

Je rougis bêtement, qu'il veuille me présenter à ses amis, cela prouve qu'il m'apprécie plus que comme une simple relation. Il s'est avancé plus près de moi, si proche que je sens imperceptiblement la chaleur de son corps.

-Mais j'avoue avoir envie de te garder rien que pour moi.

Son regard intense me paralyse et ses yeux clairs m'invitent à me laisser bercer par leur doux chant. Dans le reflet de son regard je vois une femme qui me plait...elle me semble si différente de celle que je vois de moi, mais avec lui je me redécouvre.

Moi qui suis si souvent qualifié d'austère, avec lui je suis quelqu'un d'autre.

 

 

Avec le recul je sais qu'en fait j'étais tout simplement en train de me découvrir, avec lui, je pouvais enfin être moi-même. En sa présence je n'avais pas à me cacher, je ne me sentais pas menacer...si j'avais su ce que ton cœur renfermait, j'aurai été moins idiote.

Seulement je n'avais jamais pu me reposer sur qui que ce soit, alors lâchement, je t'ai donné le fardeau de ma vie sur les épaules; prête à te détester si ce monde que tu m'offrais, s'effondrait, alors que la seule fautive aurai été moi. Mais il est toujours plus simple de reprocher aux autres ses propres erreurs.

Toujours en proie aux « regards des autres » nous préférons écouter le chant malicieux d'un renard qui ne convoite que le fromage fermer dans notre bec. Mais n'est-ce pas les autres qui déterminent qui nous sommes? Ou plus finement, n'est-ce pas le regard que nous nous imaginons qu'ont les autres sur nous, qui nous détermine? Si seulement nous avions conscience que nous sommes tous pareils, perdus dans nos problèmes, nos fardeaux, nos névroses...personne n'est meilleur qu'un autre et les jugements ne sont qu'une défense puéril de l'esprit pour se rassurer sur ses propres choix de vie. Au final les autres, ne sont que ce que nous leur accordons d'être.

Mais être honnête avec sois-même implique un comportement adulte, responsable et cela nous effraie...nous préférons courir vers l'auto-destruction plutôt que l'accomplissement qui semble demander bien plus d'effort...nous aimons tellement la facilité, sans nous rendre compte combien le prix est chère à payer de fermer les yeux, de laisser les autres choisir à notre place.

Alors pour une fois, ne serait-il pas temps pour moi de prendre ma vie en main?

 

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Chap 1 : 04  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 21:22

 

-Laisse moi le temps d'y réfléchir...

-Qu'as-tu à perdre à essayer?

Et bien si je rate, à prouver que je suis encore plus nulle que je ne le pensais.

...que ma belle-mère m'a appris à penser de moi....

Soudain une rage étrange née en moi, je ne veux pas la laisser gagner, je ne veux pas être celle qu'elle m'a fait devenir. Je lui prouverai qu'elle avait tord et que sa peur déguisée en méchanceté envers moi, n'a pas eu raison de moi. Je serai plus forte qu'elle!

-D'accord! Dis-je d'un ton ferme.

Atori semble surpris par mon changement de ton, j'en rougis même.

-Je suis fière de vous, Miss mélancolie.

Venant de lui, ce surnom est adorable, j'en souris doucement, car le plus mélancolique de nous deux, ce n'était pas moi.

-Alors c'est un pacte qui commence entre toi et moi?

-Oui et tu ne vas pas tarder à le regretter, me dit-il amusé.

J'aurai du avoir peur, mais son sourire me venait en plein cœur. Comment quelqu'un comme lui pouvait s'intéresser à quelqu'un comme moi; mais  je ne tenais pas réellement  à connaître ses motivations, la seule chose qui m'obsédait était qu'enfin quelqu'un m'aidait.

 

 

Et au gré des saisons changeantes, il devint mon professeur particulier. Chaque fin de journée je savais que j'avais encore deux heures de cours avec lui. Mais cela étais loin d'être un fardeau, le revoir, étudier avec lui, j'en tombais un peu plus amoureuse chaque fois.

C'était naïf de ma part, mais j'avais beau avoir 26 ans, je n'avais jamais eu de petit ami et comment ne pas tomber amoureuse de la première personne qui s'intéressait enfin à moi.

 

 

La philosophie de l'art, le solfège, l'histoire de la musique. Il était tout simplement incroyable, aucune matière n'était un problème pour lui..

 

 

Puis un homme est venu un soir, il m'a écouté jouer un morceau, puis a parlé quelques minutes à Atori. Il semblait le connaître; s'était visiblement un anglais qui ne parlait pas français.

Atori était alors le traducteur, me disant quoi faire, me posant des questions des exercices de lecture de partitions, des questions sur le rythme, la cadence...

J'étais subjuguée par son aisance en anglais, moi je n'étais pas douée, les langues n'ont jamais été une facilité pour moi; d'ailleurs il avait commencé à m'obliger à étudier cette langue; ainsi que l'italien et l'allemand. Des connaissances toujours utiles, me disait-il. S'il savait combien cela m'était pénible, mais docilement je m'exécutais et l'air de rien, je progressais, jusqu'à réussir à comprendre mon professeur de solfège et pouvoir lui répondre.

Cet inconnu, revint une deuxième puis une troisième fois, pour être là tous les jeudi, sans faute. Atori ne voulait rien me dire sur cet étrange personnage, qui riait facilement et me grondait parfois avec verve quand j'avais mal étudié. Mais il était généreux et visiblement aimé mon violon, car à chaque fin de séance, il me demandait toujours de jouer un morceau de son choix, avec Atori.

 

 

Atori avait rit quand je le lui avais demandé comment le rémunérer pour ces cours, me disant un « tu trouverais cela étrange si je te disais qu'il a demandé en contre partie  que l'on joue ensemble à chaque fin de cours?»

...est-ce que cet homme croyait, lui aussi, en moi...cela me faisait étrange, moi que l'on avais tant dénigré jusqu'à présent...

C'est en côtoyant Atori que je me suis rendu compte par moi-même, à quel point cet homme attirait les gens vers lui.

 

 

Il avait un carnet rempli d'adresse, de numéro de téléphone. Mais il me disait souvent qu'il n'avait que deux amis, Patrice et David. Quand il parlait d'eux je voyais son visage s'épanouir, quelque part je sais qu'ils représentaient plus que des amis pour lui et encore une fois je n'osais pas lui demander pourquoi.

...quelle idiote...

J'aurai du lui demander de me faire un peu partager sa souffrance, mais c'était déjà tellement difficile de prendre ma propre existence en main. Puis peu à peu, passer tout ce temps ensemble, moi assidus et déterminé, je ne regardais pas mes heures passées à étudier et je ne m'étais jamais senti si bien. Fatiguée, mais enfin moi-même.

C'est pourquoi, je pense que peu à peu, cela à commencer à se voir.

 

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