
Une nouvelle journée était passée comme toutes les autres,
ennuyeuse et inutile à ma vie d’adolescent. Ma posture de
lassitude ennuyait mon professeur de math et c’est dans un
sourire narquois que je m’affalais encore plus entre mes deux
bras, en position de sommeil réparateur.
Avec David on avait passé la nuit à boire, en matant des pornos
chez lui, sa mère était parti deux semaines à Taihiti, avec son
dernier amant friqué. On s’était fait une belle nuit blanche,
comme je les aime.
Je sentais les yeux bruns du japonais se poser sur moi et cela
ne me déplaisait pas, au contraire, dès que je pouvais
j’attirais son attention. Un bâillement plus fort que
nécessaire, un étirement prononcé, quitte à un peu bousculer celui
devant moi pour qu’il râle et que je lui répondre un
« ta gueule ». Tout, pourvu qu’il me remarque, mais
ceci dit, mes cheveux l’avaient déjà pas mal choqués quand
j’étais arrivé Lundi, comme ça. Je souriais de ma bêtise,
mais je le perdais vite, ce soir j’allais rentrer seul et je
savais ce que cela signifiait pour moi. Mon frère et sa bande de
con allaient m’attendre à la sortie.

David était à son taff, au noir évidemment, il séchait les cours
et d’habitude j’en faisais autant, mais disons que
dernièrement j’avais une nouvelle
« motivation ».
J’avais alors dans l’idée de le suivre,
discrètement, voir où il habitait, comme ça sans vraiment de raison
particulière. Mais cet idiot était resté dans le CDI qui servait de
bibliothèque, avec un accès à internet.
J’avais voulu me faufiler au fond, mais il m’avait
de suite cramé, on était que deux. Je m'étais alors assis en face
de lui et hormis deux ou trois regards, il ne s’était rien
passé. Je l’avais vu sortir rapidement et trop mal à
l’aise par son regard noir sur moi qui disait « tu me
veux quoi ? » je n'avais pas suivi. Sans doute croyait-il
que je voulais le raquetter, finalement il était comme les autres,
il cherchait pas plus loin que mon apparence. Pourtant j’y
avais cru, moi dans ses yeux j’avais vu autre chose que de la
froideur.
Dehors je ne le voyais plus, la nuit tombait vite, on était déjà
en Février. Le vent froid me le rappelait gentiment. Avait-il couru
pour me fuir ?
…connard, t’es
qu’un sale con…je vais te pourrir l’existence au
bahut, tu vas voir...
Mais au moins maintenant j’étais sûr que mon frère et sa
bande de naze ne serait pas là à la sortie pour me tirer mon fric.
Sauf que…

- Tiens, c’est pas blanche neige ?
Putain, cette voix nazillarde, Chris, l’ami
d’enfance de mon grand frère, il m’accueille
d’une tape, tout sauf amicale derrière la tête. Je râle, me
frottant l’arrière de la nuque, sur le coup j’ai senti
une décharge et maintenant le feu du coup me brûle l’arrière
de la tête. Je vois les bières empilées sur le trottoir, les
clopes.

- Qu'est-ce que tu me veux, j’ai plus d’argent, tu
sais très bien que papa m’a puni.
Je regardais mon frère finir sa canette, en tirant la langue
pour prendre les dernières gouttes, rien qu’à son attitude je
sais qu’il est bourré.
Qu’elle baffe je m’étais prise ce week-end quand mon
père m’avait surpris à fumer dans le garage. J’ai été
con aussi, à accepter la cigarette que mon frangin me tendait. Je
m’étais naïvement dis, ça y est les choses change entre lui
et moi, que dalle. Prétextant d’aller aux chiottes il
m’avait laissé là, avec sa cigarette, pendant qu'il allait le
prévenir. Puis quand je l’avais aperçu derrière notre père,
le sourire vainqueur, là j’avais compris que toute notre vie
nous serions ennemi, il en avait décidé ainsi.
La punition avait été à la hauteur de la baffe que j’avais
reçu. Plus d’argent de poche de trois mois, plus de sorties
et l’obligation de les aider tous les week-end dans leur
restaurant de merde jusqu’à la fin de l’année scolaire.
Même si je pouvais facilement faire le mur, je devais me taper les
week-end avec eux et ça c’était pire que de pas pouvoir
sortir.
- Arrêtes, tu vas me faire pleurer…je sais que tu vends
de l’herbe avec ta fiancée.
-Parles pas de David comme ça !