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Chap 1 : 03  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 19:39

 

-Et si tu savais le nombre de gens qui n'y arrivent pas...exprimer ses sentiments dans son art et quand je t'écoute je vois que tu fais parti de ceux là.

J'en suis la première surprise, il ne m'a jamais semblé mieux jouer qu'un autre, ni y mettre plus.

-Tu me dis ne jamais avoir appris de partitions et c'est vrai que dans tes morceaux il y avait une part importante de réinterprétation, mais je croyais que tu le faisais consciemment...alors savoir que tu fais ça naturellement. Tu ne t'en rends même pas compte, mais c'est la preuve que tu es faite pour ça. Imagine un peu de quoi tu serai capable si tu maitrisais parfaitement le solfège... il nous faut combler tes lacunes.

Je le vois réfléchir pour lui-même.

-Le conservatoire n'est pas une obligation, mais pour obtenir plus tard du travail dans ce milieu là, pour toi ce serai plus facile...mais tu vas devoir apprendre énormément, il va falloir que tu apprennes à maîtriser ce que tu fais d'instinct et ça c'est le plus difficile.Pparfois certaines personnes perdent leur dons en apprenant la technique parce qu'alors il ne laisse plus leur cœur gouverner mais leur esprit. Il faudra y prêter attention...

Je le vois faire un plan sur la comète, sans me demander mon avis, mais le voir si sérieux, me galvanise quelque part. C'est bien la première fois que quelqu'un parle en ces termes de moi.

...moi, posséder un talent pour quelque chose?...

Il a même l'air de dire que je serai une virtuose qui s'ignore.

...j'ai vraiment du mal à y croire, que voit-il que je suis incapable de voir en moi?...

 

 

-Le concours d'entrée pour cette année est passé et de toute manière tu n'es pas prête à passer devant un jury, ils te lamineraient même s'ils verraient ton talent brut... dans 8 mois, je demanderai une session extraordinaire pour te faire passer en deuxième année.

Je le vois tellement enthousiaste, il semble m'imaginer sur scène entourée d'un orchestre...moi tout à coup, cela m'effraie. J'ai peur, je ne m'en sens pas capable, non c'est impossible, je n'ai pas assez de talent, ni assez de force. Il me dit de reprendre ma vie en main alors que j'ai 26 ans, n'est-ce pas déjà trop tard pour moi, les cartes ont déjà étaient distribué, non?

-Je ne te laisse pas le choix!

C'est comme s'il lisait en moi, comme dans un livre ouvert. Voit-il ma peur face à l'obstacle immense dressé devant moi?

-Je paierai pour les livres et les autres frais.

-Non!

-J'ai de l'argent, tu sais.

-Ce n'est pas ça, c'est le principe...tu es en fac, tu as déjà beaucoup de travail à faire pour toi!

-Je veux pas te paraître arrogant, mais les études, apprendre, tout ça c'est facile pour moi. Je passe plus de temps à sortir et rien faire qu'à vraiment travailler...les gens me tournent beaucoup autour à cause de ça, d'ailleurs, dit-il tristement...sauf mes deux amis de toujours et toi. Tu veux que je te les présente? Me sourit-il.

Ses amis il m'en parle souvent, il semble les apprécier énormément.

 

 

-Tes amis...

Je rougis bêtement, qu'il veuille me présenter à ses amis, cela prouve qu'il m'apprécie plus que comme une simple relation. Il s'est avancé plus près de moi, si proche que je sens imperceptiblement la chaleur de son corps.

-Mais j'avoue avoir envie de te garder rien que pour moi.

Son regard intense me paralyse et ses yeux clairs m'invitent à me laisser bercer par leur doux chant. Dans le reflet de son regard je vois une femme qui me plait...elle me semble si différente de celle que je vois de moi, mais avec lui je me redécouvre.

Moi qui suis si souvent qualifié d'austère, avec lui je suis quelqu'un d'autre.

 

 

Avec le recul je sais qu'en fait j'étais tout simplement en train de me découvrir, avec lui, je pouvais enfin être moi-même. En sa présence je n'avais pas à me cacher, je ne me sentais pas menacer...si j'avais su ce que ton cœur renfermait, j'aurai été moins idiote.

Seulement je n'avais jamais pu me reposer sur qui que ce soit, alors lâchement, je t'ai donné le fardeau de ma vie sur les épaules; prête à te détester si ce monde que tu m'offrais, s'effondrait, alors que la seule fautive aurai été moi. Mais il est toujours plus simple de reprocher aux autres ses propres erreurs.

Toujours en proie aux « regards des autres » nous préférons écouter le chant malicieux d'un renard qui ne convoite que le fromage fermer dans notre bec. Mais n'est-ce pas les autres qui déterminent qui nous sommes? Ou plus finement, n'est-ce pas le regard que nous nous imaginons qu'ont les autres sur nous, qui nous détermine? Si seulement nous avions conscience que nous sommes tous pareils, perdus dans nos problèmes, nos fardeaux, nos névroses...personne n'est meilleur qu'un autre et les jugements ne sont qu'une défense puéril de l'esprit pour se rassurer sur ses propres choix de vie. Au final les autres, ne sont que ce que nous leur accordons d'être.

Mais être honnête avec sois-même implique un comportement adulte, responsable et cela nous effraie...nous préférons courir vers l'auto-destruction plutôt que l'accomplissement qui semble demander bien plus d'effort...nous aimons tellement la facilité, sans nous rendre compte combien le prix est chère à payer de fermer les yeux, de laisser les autres choisir à notre place.

Alors pour une fois, ne serait-il pas temps pour moi de prendre ma vie en main?

 

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Chap 1 : 04  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 21:22

 

-Laisse moi le temps d'y réfléchir...

-Qu'as-tu à perdre à essayer?

Et bien si je rate, à prouver que je suis encore plus nulle que je ne le pensais.

...que ma belle-mère m'a appris à penser de moi....

Soudain une rage étrange née en moi, je ne veux pas la laisser gagner, je ne veux pas être celle qu'elle m'a fait devenir. Je lui prouverai qu'elle avait tord et que sa peur déguisée en méchanceté envers moi, n'a pas eu raison de moi. Je serai plus forte qu'elle!

-D'accord! Dis-je d'un ton ferme.

Atori semble surpris par mon changement de ton, j'en rougis même.

-Je suis fière de vous, Miss mélancolie.

Venant de lui, ce surnom est adorable, j'en souris doucement, car le plus mélancolique de nous deux, ce n'était pas moi.

-Alors c'est un pacte qui commence entre toi et moi?

-Oui et tu ne vas pas tarder à le regretter, me dit-il amusé.

J'aurai du avoir peur, mais son sourire me venait en plein cœur. Comment quelqu'un comme lui pouvait s'intéresser à quelqu'un comme moi; mais  je ne tenais pas réellement  à connaître ses motivations, la seule chose qui m'obsédait était qu'enfin quelqu'un m'aidait.

 

 

Et au gré des saisons changeantes, il devint mon professeur particulier. Chaque fin de journée je savais que j'avais encore deux heures de cours avec lui. Mais cela étais loin d'être un fardeau, le revoir, étudier avec lui, j'en tombais un peu plus amoureuse chaque fois.

C'était naïf de ma part, mais j'avais beau avoir 26 ans, je n'avais jamais eu de petit ami et comment ne pas tomber amoureuse de la première personne qui s'intéressait enfin à moi.

 

 

La philosophie de l'art, le solfège, l'histoire de la musique. Il était tout simplement incroyable, aucune matière n'était un problème pour lui..

 

 

Puis un homme est venu un soir, il m'a écouté jouer un morceau, puis a parlé quelques minutes à Atori. Il semblait le connaître; s'était visiblement un anglais qui ne parlait pas français.

Atori était alors le traducteur, me disant quoi faire, me posant des questions des exercices de lecture de partitions, des questions sur le rythme, la cadence...

J'étais subjuguée par son aisance en anglais, moi je n'étais pas douée, les langues n'ont jamais été une facilité pour moi; d'ailleurs il avait commencé à m'obliger à étudier cette langue; ainsi que l'italien et l'allemand. Des connaissances toujours utiles, me disait-il. S'il savait combien cela m'était pénible, mais docilement je m'exécutais et l'air de rien, je progressais, jusqu'à réussir à comprendre mon professeur de solfège et pouvoir lui répondre.

Cet inconnu, revint une deuxième puis une troisième fois, pour être là tous les jeudi, sans faute. Atori ne voulait rien me dire sur cet étrange personnage, qui riait facilement et me grondait parfois avec verve quand j'avais mal étudié. Mais il était généreux et visiblement aimé mon violon, car à chaque fin de séance, il me demandait toujours de jouer un morceau de son choix, avec Atori.

 

 

Atori avait rit quand je le lui avais demandé comment le rémunérer pour ces cours, me disant un « tu trouverais cela étrange si je te disais qu'il a demandé en contre partie  que l'on joue ensemble à chaque fin de cours?»

...est-ce que cet homme croyait, lui aussi, en moi...cela me faisait étrange, moi que l'on avais tant dénigré jusqu'à présent...

C'est en côtoyant Atori que je me suis rendu compte par moi-même, à quel point cet homme attirait les gens vers lui.

 

 

Il avait un carnet rempli d'adresse, de numéro de téléphone. Mais il me disait souvent qu'il n'avait que deux amis, Patrice et David. Quand il parlait d'eux je voyais son visage s'épanouir, quelque part je sais qu'ils représentaient plus que des amis pour lui et encore une fois je n'osais pas lui demander pourquoi.

...quelle idiote...

J'aurai du lui demander de me faire un peu partager sa souffrance, mais c'était déjà tellement difficile de prendre ma propre existence en main. Puis peu à peu, passer tout ce temps ensemble, moi assidus et déterminé, je ne regardais pas mes heures passées à étudier et je ne m'étais jamais senti si bien. Fatiguée, mais enfin moi-même.

C'est pourquoi, je pense que peu à peu, cela à commencer à se voir.

 

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Chap 1 : 05  (Chapitre 01) posté le samedi 24 janvier 2009 21:48

 

D'abord par mon apparence, un peu moins classique, moins vieille fille aigrie, mais surtout je commençais enfin à sourire.

 

 

-Je ne sais vraiment pas comment je pourrai faire un jour faire pour te remercier de tout ça.

-Réussi...réussi le concours d'entrée au conservatoire et je te dirai comment me remercier.

Je rougis subitement sous son regard tout à coup emprunt d'une sensualité non masquée, j'en ais les jambes qui trembles.

 

 

Puis une deuxième personne vint, cette fois une italienne, une femme me parlant de l'histoire de la musique.

Au début j'avais été surprise, mais Atori parlait aussi italien. Combien de langue parlait-il? Une autre question me trottait en tête, quel pouvait donc être son QI? Sans aucun doute au dessus de la moyenne, il n'en était que plus attirant pour moi. Un homme comme lui, qui croyait en moi, cela devait être un rêve

...un rêve dont je savais qu'un jour je devrais me réveiller...

...Et ce réveil n'avait pas attendu 6 mois...

 

 

La vie est vraiment étrange parfois, deux semaines avant l'entretient pour le concours, j'étais licenciée.

Le monde s'effondrait, j'avais un prêt à rembourser et le chômage me permettait à peine de payer mon loyer et le rembourser, je n'aurai plus rien, pour la nourriture, l'électricité, le téléphone, les transports...toutes ses nuits sacrifiées à étudier, reprendre une logique que j'avais perdue...il me semblait que tout s'anéantissait et que je n'étais vouée qu'à rester dans ce trou profond qu'étais ma vie jusqu'à présent

Moi qui commençait à croire que l'on pouvait changer les choses de sa propre volonté, je retombais dans la pensée infantile d'une destinée qui s'acharnait sur moi.

Atori me disait que la vie nous posait toujours des défis, une manière de lui prouver que l'on souhaite vraiment un changement, mais pour moi il était plus simple de me dire que quelqu'un décidait à ma place et de ce fait je n'avais plus aucun efforts à fournir.

J'avais lâché mes cours particuliers. Atori m'en voulait et me suppliait d'aller passer l'examen. Mais j'étais bien trop embourbée dans mes  angoisses; je ne voulais rien entendre.

 

 

Mais je savais qu'il avait raison, nous sommes seuls à décider comment réagir face à la vie. Toutes les embûches, les problèmes ne sont que le cours logique de la vie. Il n'y a pas quelqu'un qui décide que votre machine à laver tombe en panne, c'est mécanique, il n'y a pas quelqu'un qui décide que votre cœur va lâcher, c'est biologique.

Cela laisse une place importante au pouvoir de l'esprit et de l'auto-suggestion, car c'est nous qui décidons quelle valeur donner aux choses, c'est nous qui décidons de quelle couleur sera peinte notre vie. Seulement à ce moment là, je voulais juste, une fois de plus, maudire le monde et ne rien y changer.

 

 

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Chap 1 : 06  (Chapitre 01) posté le dimanche 25 janvier 2009 08:56

 

-Ouvre-moi leatitia!

-Non!

 

 

-Ouvre-moi ou je défonce cette porte!

-Laisse-moi tranquille...

Soudain je n'entends plus rien, puis je réalise que je n'ai pas fermé ma porte à clé, mais c'est déjà trop tard; il est entré.

Il me voit en pyjama, les cheveux sales, décoiffés...la nourriture entassée sur la table du salon. Une honte immense me submerge, je lui hurle de partir, mais il m'attrape les poignets, le regard furieux...tout à coup le traumatisme de mon enfance me paralyse. Je suis un bout de bois, mon corps ne me répond plus, pétrifié par cette vision. J'ai peur qu'il me frappe, peur qu'il me fasse mal, mais cette stupide peur encrée dans mon inconscient me domine totalement et je me retrouve petite fille face aux poings adultes de ma belle-mère.

Evidemment il n'est pas violent, il me mène juste dans ma salle de bain, me bouscule dans la douche et ouvre les vannes d'eau, d'abord froide, puis enfin chaude.

 

 

-Je sais, d'accord...je sais que quand on perd ses repères, tout s'effondre. Je sais le vide que tu traverses. Ce trou noir qui aspire tout, l'angoisse monter dans tes poumons, ton esprit se torturer inlassablement, mais sais-tu combien rêverai d'avoir le talent que tu as! Combien n'ont rien dans leur vie et s'accroche désespérément dans l'espoir de trouver quelque chose qui les aide à vivre, à vouloir continuer d'avancer!

 

 

A cet instant là je savais qu'il ne parlait pas de lui ou de moi, mais de quelqu'un d'autre.

Qui avait donc cette place dans sa vie pour le mettre dans cette étrange colère, de vivre cela comme une souffrance...quelle était donc cette personne aussi chère à son cœur?

...Si je te revois Atori, oserai-je te le demander...

Moi je reste là, commençant à pleurer, simplement pleurer ma frustration, mon amertume le dégoût de moi, il doit penser que je suis hideuse, il a vu mes pires côtés...ma boulimie...je ne prend pas de poids car je vomis tout ce que j'ingurgite quand j'ai des crises.

Je sens sa main frôler son visage et ce n'est pas du dégoût que je lis dans son regard, il semble souffrir de me voir ainsi.

 

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Chap 1 : 07  (Chapitre 01) posté le dimanche 25 janvier 2009 10:56

 

Je le regarde, lui aussi trempé par l'eau et entouré par les volutes de vapeur, de l'eau chaude passant sur nos peaux. Les cheveux trempés, il est magnifique, son torse laisse apparaître un peu de sa peau, la courbe de son torse me fait un effet étrange tout à coup.

J'ai chaud, d'où me provient cette étrange sensation, je n'ai jamais eu aussi chaud. Pas de cette manière là, pas venant de tout mon corps, envahissant totalement mon esprit, je ne fixe plus que ses lèvres.

Je vois que lui aussi m'observe, je réalise qu'il doit voir ma poitrine, libre d'aucun entrave. Je devrais avoir honte, mais étrangement je suis désireuse d'en jouer et rien que ce sentiment nouveau, me déstabilise. Je n'ai jamais eu ce genre de comportement, vouloir séduire un homme, vouloir utiliser mon corps pour qu'il ait envie de moi.

Ses yeux miment les miens, en se stoppant sur ma bouche entre-ouverte.

 

 

-J'en meurs d'envie, dit-il en frôlant du rebord de ses yeux, mes lèvres à demi closes, mais on ne doit pas, pour toi, ton avenir. Parce que si nous franchissons cette limite...dans ma tête il n'y aura pas beaucoup de place pour nos cours particuliers...du moins pas ce genre de cours là, dit-il en plaçant sa main sur ma taille, me faisant frémir.

Il fait un effort surhumain pour se reculer.

-Crois-moi que tu as intérêt à réussir l'examen, parce que je ne pourrai pas tenir une année de plus sans te toucher.

Mon cœur bondissait en dehors de ma poitrine, il me semblait ressentir de la peur, mélangée à du désir, lui aussi lié à une envie subite de réussir ce fichu examen.

 

 

Il me promis de m'emmener au restaurant le soir de l'examen, que je réussisse ou non, ce qui m'avait fait rougir...et me donnait une motivation incroyable...

Que l'humain est faible à ne pas être capable de se motiver seul ou bien est-ce là notre force? Pouvoir nous soutenir...nous faire rêver?

Il ne me restait que deux jours avant l'examen, même si je passais le clair de mon temps à m'entraîner, je devais aller à mon agence d'intérim car il me fallait rapidement une rentrée d'argent... que je réussisse ou non le conservatoire, ne résoudrai pas mes problèmes de facture immédiat.

Atori m'avait parlé du cursus particulier pour les gens qui travaillaient, qu'il me faudrait travailler à mi-temps et qu'une bourse pourrait mettre versée; mais cela n'était que dans le cas d'une réussite, évidemment, la réalité et ses nécessités m'imposait le stress de trouver rapidement un nouvel emploi.

 

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