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Je m'appelle Atori Miura, j'ai 24
ans et jamais je n'aurai penser mourir si jeune.

Sur le rebord de la terrasse japonaise
qui jonche la maison de ma sœur, je songe un instant aux
personnes que je vais laisser derrière moi...à qui vais-je
manquer?

Les volutes de mon propre souffle se
discernent de la neige par le froid environnant, et pourtant je le
sens à peine sur moi, peut-être me suis-je habitué à ce climat plus
rude que celui de la France.

Il y a quelques heures j'ai inscrit
les dernières lignes de mon livre. Rien qui ne soit dans le but
d’être publié, juste ma vie épanchée sur des bouts de
papiers.

Je voulais voir du haut de cette fin
de vie ce que j'avais vécu, peut-être exorciser certains démons qui
m’ont hanté bien plus que je ne voulais me l’avouer,
certains que j'avais même oublié et qui m’avait gangrenés
jusque dans ma vie intime. Je perds encore un peu de mon temps sur
cette terre à observer la végétation domestiquée par l'homme.

A présent recouvert de sa robe
hivernale, mes yeux se portent sur le petit Tori, abrité par un
cerisier en sommeil, répandant son reflet brisé sur l’eau du
petit bassin à moitié prisonnier de la gelée.

On peut percevoir quelques rares poissons qui somnolent dans le
lac, pas très loin de ma vue, attendant des jours meilleurs.
Je n’aurai jamais songé passer mes derniers instants au
Japon, chez ma sœur alors que nous avions été séparés enfants
et que nous nous étions perdu de vue depuis.

Le jardin typiquement japonais, me rend nostalgique de mon
enfance, qui pour moi restait des souvenirs merveilleux jusqu'au
jour de la rupture de notre famille. A présent que je vois mon
parcourt d’aussi loin, je me rend compte de tous ce que
j’ ai raté, de toutes ces occasions d’être heureux que
je n’ai pas su prendre.

L’écho de l’ego, création de l’esprit pour se
défendre, se protéger, mais à quel prix…ce rempart contre la
dureté du monde, qui vous souffle toujours combien les autres sont
dangereux, vous empêchent finalement d’être heureux.

Je n’ai pas su faire les bons choix, ni dire les bons
mots. L’ego c’est la peur…peur d’être
blessé, jugé, malmené, mais surtout peur d’aimer,
d’être aimer ; comment être aimer ou aimer quand sois-même on
ne se supporte pas ?
Aimer…n’est-ce pas donner le pouvoir à
l’autre de vous détruire ?